Envoyer une lettre, des photos et des timbres à une personne détenue
En détention, il n’y a ni internet, ni téléphone portable. Le courrier reste le lien le plus régulier avec l’extérieur — souvent le seul entre deux parloirs. La bonne nouvelle : le droit d’écrire est large. Une personne condamnée peut correspondre avec qui elle veut, tous les jours, sans limitation. Ce qui bloque, en pratique, ce ne sont presque jamais les règles : c’est une enveloppe mal adressée, un objet glissé dedans qui fait retenir tout l’envoi, ou une lettre qui part sans que la personne ait de quoi répondre.
Le droit d’écrire est large — et il n’est pas le même pour tous
Le code pénitentiaire distingue deux situations, et cette distinction commande tout le reste. Elle ne dépend pas du type d’établissement, mais de la situation pénale de la personne.
Personne condamnée
Elle « peut correspondre par écrit avec toute personne de son choix » (article L. 345-2), et cela « tous les jours et sans limitation » (article R. 345-3). Aucune autorisation préalable n’est nécessaire : vous pouvez écrire dès aujourd’hui.
Personne prévenue, en attente de jugement
Elle peut aussi correspondre avec toute personne de son choix, « sous réserve des interdictions de correspondance ou retenues décidées par le magistrat chargé du dossier » (article L. 345-1). Le magistrat peut s’opposer à ce droit de façon générale, ou seulement à l’égard d’un ou plusieurs destinataires nommés dans sa décision (article R. 345-1).
Autrement dit : si votre proche est prévenu et que vos lettres ne semblent pas arriver, ce n’est pas forcément l’établissement qu’il faut interroger, mais le magistrat chargé du dossier — par l’intermédiaire de l’avocat, qui est là pour cela.
À savoir avant d’agir. Pour une personne prévenue, les lettres reçues comme envoyées sont, sauf décision contraire du magistrat, communiquées à ce dernier (article R. 345-1). Cela allonge parfois les délais de plusieurs jours.
Comment libeller l’enveloppe pour que la lettre arrive
Un établissement de 2 000 places reçoit des centaines de lettres par jour, et plusieurs personnes peuvent y porter le même nom. Ce qui les distingue, c’est le numéro d’écrou : le numéro attribué à l’entrée, propre à cette personne dans cet établissement.
- Sur l’enveloppe, écrivez le nom et le prénom de la personne, tels qu’ils figurent à l’état civil — pas un surnom.
- Ajoutez le numéro d’écrou sur la même ligne ou juste en dessous, quand vous le connaissez.
- Reportez ensuite l’adresse postale exacte de l’établissement, telle qu’elle figure à l’annuaire officiel.
- Au dos, indiquez votre nom et votre adresse complète : sans expéditeur identifiable, un courrier peut être écarté.
À savoir avant d’agir. Aucun texte n’impose au public d’inscrire le numéro d’écrou : c’est un usage des établissements, pas une obligation légale. Ne renoncez donc pas à écrire parce que vous ne l’avez pas encore — écrivez avec le nom, le prénom et la date de naissance, et demandez le numéro d’écrou à votre proche dans cette première lettre.
Votre lettre sera probablement lue
C’est le point que les familles découvrent le plus souvent après coup. Le courrier adressé ou reçu par une personne détenue « peut être contrôlé et retenu par l’administration pénitentiaire lorsque cette correspondance paraît compromettre gravement leur réinsertion ou le maintien du bon ordre et la sécurité » (article L. 345-3).
Concrètement : écrivez en partant du principe qu’un tiers lira. Ce n’est pas une raison pour écrire froidement — c’en est une pour ne pas confier au papier ce qui ne doit pas y figurer : détails d’une procédure en cours, arrangements financiers, tout ce qui peut être lu de travers.
- La lettre doit être écrite en clair, sans signe ni code compréhensible des seuls correspondants (article R. 345-4).
- Une lettre rédigée dans une autre langue que le français peut être traduite avant d’être remise ou expédiée (article R. 345-4) : cela reste autorisé, mais cela retarde.
- Si un courrier est retenu, la décision est notifiée à la personne détenue au plus tard dans les trois jours ; la lettre est versée à son dossier individuel et lui est remise à sa libération (article R. 345-5).
Les courriers qui ne peuvent jamais être lus
Les correspondances échangées avec l’avocat, avec les autorités administratives et judiciaires françaises et internationales dont la liste est fixée par l’article D. 345-10, et avec les aumôniers agréés auprès de l’établissement ne peuvent être ni contrôlées ni retenues (article L. 345-4). Cette protection ne couvre pas la famille.
Les photos : ce qui compte le plus, surtout pour un enfant
Envoyer des photographies est l’un des gestes les plus utiles, et l’un des plus mal expliqués. La liste officielle des objets qu’une personne détenue peut recevoir — fixée par l’arrêté du 23 janvier 2023 — ne mentionne pas les photographies. Cela ne signifie pas qu’elles sont interdites : cela signifie qu’elles ne sont pas traitées comme des objets. Une photographie glissée dans une lettre voyage avec la correspondance, et c’est à ce titre qu’elle est acceptée dans la pratique de la plupart des établissements.
- Des tirages papier ordinaires, souples, en petit format : ce sont ceux qui passent le plus facilement.
- Rien de rigide, rien de cartonné, rien de plastifié, pas de cadre, pas de support métallique.
- Rien d’écrit au dos qui ne puisse être lu par un tiers, puisque l’envoi sera contrôlé.
- Aucune photographie représentant l’intérieur d’un établissement pénitentiaire, ni un membre du personnel.
- Rien de dénudé : les règlements intérieurs l’écartent systématiquement.
À savoir avant d’agir. Le nombre de photographies admises par envoi et les formats acceptés relèvent du règlement intérieur de chaque établissement : ils sont à vérifier auprès de l’établissement concerné. Pour un premier envoi, glissez-en deux ou trois plutôt que vingt — si l’envoi est écarté, vous n’aurez pas perdu la seule photo qui vous restait.
Le carnet de timbres : le geste qui rend la réponse possible
C’est la partie de ce guide que les familles connaissent le moins, et c’est peut-être la plus utile. Les timbres-poste figurent explicitement dans la liste des objets qu’une personne détenue est autorisée à recevoir, au même titre que le papier à lettres et les enveloppes (arrêté du 23 janvier 2023, pris en application de l’article R. 332-42 du code pénitentiaire).
Cela change la nature de votre envoi. Sans timbre, votre proche reçoit une lettre. Avec un carnet, il reçoit une lettre et les moyens d’y répondre. Pour une personne sans ressources — et elles sont nombreuses —, un carnet de timbres, ce sont plusieurs semaines de lien maintenu.
À savoir avant d’agir. Ne joignez jamais d’argent, sous aucune forme : ni billet, ni pièce, ni chèque, ni bon. L’argent envoyé par courrier ne peut pas être transmis. Il existe une voie unique et distincte pour cela, décrite dans notre guide sur l’envoi d’argent.
Ce qu’il ne faut jamais glisser dans l’enveloppe
Un objet non autorisé ne fait pas seulement l’objet d’un retrait : il peut entraîner la retenue de tout l’envoi, lettre comprise. C’est la mésaventure classique du premier courrier.
- De l’argent sous toutes ses formes — les courriers transmis ne peuvent pas en contenir.
- Tout objet qui n’est pas dans la liste de l’arrêté du 23 janvier 2023 : la règle est l’interdiction, l’autorisation est l’exception.
- Les colis, qui obéissent à un régime distinct et doivent être autorisés par le chef d’établissement.
- Tout ce qui est métallique, rigide ou susceptible de dissimuler quelque chose : trombone, agrafe, ruban adhésif épais, carte plastifiée.
- Les substances de toute nature, y compris un médicament ordinaire : la santé en détention passe par l’unité sanitaire, jamais par le courrier.
Ce qui est en revanche prévu par la liste
Papeterie — agendas, papier à lettres, enveloppes, timbres-poste. Écrits et dessins réalisés par des enfants mineurs. Documents familiaux : carnet de santé, documents scolaires, demandes de pièces d’identité, autorisations chirurgicales. Lunettes et prothèses, après avis de l’unité sanitaire. Ces catégories sont celles de l’arrêté du 23 janvier 2023 ; leurs modalités d’application relèvent du chef d’établissement.
Quoi écrire quand on ne sait pas quoi écrire
Beaucoup de proches n’écrivent pas, non par indifférence, mais parce qu’ils ne savent pas quoi dire. Ils craignent de blesser en racontant une vie qui continue dehors, ou de peser en racontant leurs difficultés. Le résultat est le pire des trois : le silence.
- Racontez l’ordinaire. Le temps qu’il fait, un repas, une réparation, ce qu’a dit un enfant. C’est précisément l’ordinaire qui manque en détention, pas les grandes déclarations.
- Datez chaque lettre. Le courrier arrive dans le désordre : une date permet de remettre les choses en ordre.
- Numérotez vos lettres — « 3 sur 3 » — pour que votre proche sache s’il en manque une.
- N’exigez pas de réponse immédiate. Écrire est difficile quand on n’a rien à raconter que l’attente.
- Écrivez court et souvent plutôt que long et rarement. Le rythme compte davantage que la longueur.
À savoir avant d’agir. N’annoncez jamais une nouvelle grave — décès, séparation, maladie — par un courrier seul. Prévenez le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de l’établissement : une nouvelle de cette nature doit être annoncée par quelqu’un qui reste ensuite dans la pièce.
Questions fréquentes
Combien de lettres peut-on envoyer à une personne détenue ?
Il n’y a pas de limite. Le code pénitentiaire prévoit que les personnes condamnées peuvent correspondre par écrit avec toute personne de leur choix « tous les jours et sans limitation » (article R. 345-3). Pour une personne prévenue, le magistrat chargé du dossier peut en revanche s’opposer à la correspondance, de façon générale ou envers certains destinataires (article R. 345-1).
Faut-il un permis de visite pour écrire à un détenu ?
Non. Le permis de visite conditionne le parloir, pas le courrier. Écrire ne suppose aucune autorisation préalable pour une personne condamnée. C’est d’ailleurs souvent par le courrier que le lien se rétablit en premier, pendant que la demande de permis est instruite.
Peut-on envoyer des photos à une personne détenue ?
Les photographies ne figurent pas dans la liste des objets autorisés de l’arrêté du 23 janvier 2023, car elles ne sont pas traitées comme des objets : jointes à une lettre, elles voyagent avec la correspondance et sont acceptées dans la pratique de la plupart des établissements. Envoyez des tirages papier souples, sans support rigide, et limitez le nombre au premier envoi. Le nombre et les formats admis relèvent du règlement intérieur, à vérifier auprès de l’établissement.
Peut-on joindre des timbres à son courrier ?
Oui. Les timbres-poste figurent explicitement dans la liste des objets qu’une personne détenue peut recevoir, fixée par l’arrêté du 23 janvier 2023, aux côtés du papier à lettres et des enveloppes. C’est le moyen le plus simple de permettre à votre proche de vous répondre lorsqu’il n’a pas de ressources.
Est-ce que mon courrier sera lu ?
Il peut l’être. L’administration pénitentiaire peut contrôler et retenir le courrier lorsqu’il paraît compromettre gravement la réinsertion, le bon ordre ou la sécurité (article L. 345-3). Pour une personne prévenue, le courrier est en outre communiqué au magistrat chargé du dossier, sauf décision contraire (article R. 345-1). Seules les correspondances avec l’avocat, les autorités énumérées à l’article D. 345-10 et les aumôniers agréés échappent à tout contrôle.
Que se passe-t-il si mon courrier est retenu ?
La décision est notifiée à la personne détenue par le chef d’établissement au plus tard dans les trois jours. La lettre est déposée dans son dossier individuel et lui est remise lors de sa libération (article R. 345-5). Elle n’est donc pas détruite — mais elle n’arrive pas.
Peut-on envoyer de l’argent dans une enveloppe ?
Non, jamais. Les courriers transmis à une personne détenue ne peuvent pas contenir d’argent. L’envoi d’argent passe par une voie bancaire distincte, et le mandat cash n’existe plus pour la détention depuis le 1er janvier 2019.
Passer à l’action
Les textes sur lesquels repose cet article
Chaque référence a été ouverte et lue. Ces liens permettent de vérifier directement à la source les informations présentées dans cet article.
- Code pénitentiaire — correspondances écrites, partie législative (nouvelle fenêtre)Légifrance · articles L. 345-1 à L. 345-4 · consulté le 30 juillet 2026
- Code pénitentiaire — correspondances écrites, partie réglementaire (nouvelle fenêtre)Légifrance · articles R. 345-1 à D. 345-10 · consulté le 30 juillet 2026
- Arrêté du 23 janvier 2023 fixant la liste des objets ou catégories d’objets dont la réception ou l’envoi par une personne détenue est autorisé (nouvelle fenêtre)Légifrance · pris en application de l’article R. 332-42 du code pénitentiaire · consulté le 30 juillet 2026
- Vie en prison : droit de visite, accès au téléphone, réception d’argent (nouvelle fenêtre)Service-Public (DILA) · consulté le 30 juillet 2026
Pour aller plus loin
Ces pages sont éditées par d’autres organismes. Elles s’ouvrent dans une nouvelle fenêtre.
- Source officielleCode pénitentiaire — Section 1 : Correspondances écrites (art. R345-1 à D345-10) (nouvelle fenêtre)
Légifrance
Cadre du courrier : écriture en clair, traduction possible, contrôle et retenue des lettres notifiée sous 3 jours, courrier retenu versé au dossier et restitué à la libération, et courriers protégés sous pli fermé (avocat, travailleur social, aumônier).
- Source officielleCode pénitentiaire — Sous-section 5 : Réception et envoi d'objets (R332-42 et R332-43) (nouvelle fenêtre)
Légifrance (DILA)
Principe d'interdiction de recevoir ou d'envoyer des objets, sauf ceux figurant sur la liste fixée par arrêté, et modalités de remise : au parloir, par colis postal en l'absence de permis de visite après accord du chef d'établissement, ou par dépôt à l'établissement, avec contrôle de sécurité.
- Source officiellePrison : droits familiaux, sociaux, sanitaires et civiques des détenus (nouvelle fenêtre)
Justice.fr — ministère de la Justice (contenu Service-Public / DILA)
Fiche mise à jour le 7 mai 2025 distinguant les droits du condamné et ceux du prévenu : mariage ou Pacs en détention, autorité parentale, visite des enfants, et permis de visite exigé pour les témoins, le conjoint ou le notaire.
- AssociationCorrespondre avec un bénévole — Le Courrier de Bovet (nouvelle fenêtre)
Le Courrier de Bovet
Dispositif de correspondance épistolaire régulière entre une personne incarcérée et un bénévole sous pseudonyme, avec une charte (écoute inconditionnelle, pas de question sur les faits, pas de prosélytisme, pas de dérive sentimentale).
À savoirLa page ne donne pas l'adresse postale ni la procédure d'inscription détaillée : passer par la rubrique contact du site ou par le SPIP.
- AssociationGarder le contact, c'est possible — avoir un parent incarcéré (nouvelle fenêtre)
UFRAMA, avec le soutien du ministère de la Justice, du Défenseur des droits et de la Fondation de France
Site d'information conçu pour les adolescents et jeunes adultes ayant un parent détenu : démarches pour obtenir un permis de visite, ce qui se passe au parloir, et moyens de reprendre ou garder le lien, avec un formulaire de questions anonymes.
À savoirRessource associative (UFRAMA) soutenue par le ministère de la Justice, mais qui n'est pas une source officielle de droit : vérifier les règles applicables auprès de l'établissement pénitentiaire.
Liens vérifiés le 29 juillet 2026.
À lire ensuite
- Envoyer de l’argent en détention : le mandat cash n’existe plus — Démarches & courriers
- Votre premier parloir : comment ça se passe vraiment — Famille & parloir
- Expliquer à un enfant que son parent est en prison — Famille & parloir
Information générale. Ne remplace ni un avocat, ni le règlement intérieur, ni une décision judiciaire. Article mis à jour le 30/07/2026.