Service indépendant d’information et d’orientation — non affilié à l’administration pénitentiaireSite indépendant

À méditer
Qui domine les autres est fort, qui se domine lui-même est puissant.
Lao TseuTao Tö King, chapitre 33
Droits & justice

La garde à vue d'un mineur : ce qui change pour les parents

Votre enfant a été placé en garde à vue et vous ne savez pas ce qui est différent parce qu'il est mineur. Cette page ne reprend pas le régime général déjà expliqué ailleurs sur ce site : elle se concentre sur ce qui change quand la personne gardée à vue a moins de 18 ans. Elle est écrite pour des parents, pas pour des juristes.

La réponse en trente secondes

La garde à vue d'un mineur relève d'un texte spécifique, le code de la justice pénale des mineurs (CJPM), et pas seulement du code de procédure pénale qui s'applique aux adultes. Trois différences comptent immédiatement pour vous.

  • L'avocat n'est pas une option : à partir de 13 ans, votre enfant doit obligatoirement être assisté d'un avocat dès le début de la garde à vue. S'il n'en a pas demandé, un avocat commis d'office est appelé (article L413-9 du CJPM).
  • Vous êtes informés automatiquement, sans avoir à le demander et sans que votre enfant ait à le demander : l'officier de police judiciaire doit aviser les représentants légaux dès le placement en garde à vue (article L413-7 du CJPM). C'est l'inverse du régime adulte, où l'information de la famille dépend d'une demande de la personne gardée à vue.
  • En dessous de 13 ans, un mineur ne peut pas être placé en garde à vue : la mesure applicable, plus encadrée, s'appelle la retenue et concerne les 10-13 ans, uniquement pour des faits punis d'au moins cinq ans de prison (article L413-1 du CJPM).
  • Un médecin est obligatoire, pas seulement possible, pour les mineurs de moins de 16 ans (article L413-8 du CJPM).
  • Tout ce qui est commun avec le régime adulte (déroulement, remise en liberté ou présentation à un magistrat, ce que vous ne pouvez pas faire) est expliqué dans notre guide sur la garde à vue en général : reportez-vous-y pour compléter cette page.

À savoir avant d’agir. Cette page explique le cadre légal. Elle ne remplace en aucun cas l'analyse d'un avocat, seul à connaître le dossier de votre enfant. Si votre enfant est en garde à vue, la priorité immédiate est qu'il soit assisté d'un avocat — c'est un droit obligatoire, pas une faveur.

Selon l'âge : retenue ou garde à vue

10 à 13 ans : la retenue, pas la garde à vue

Un mineur de 10 à 13 ans ne peut pas être placé en garde à vue au sens classique. La mesure applicable s'appelle la retenue. Elle n'est possible que s'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu'il a commis une infraction punie d'au moins cinq ans d'emprisonnement, et dure douze heures maximum, pouvant être prolongée de douze heures supplémentaires sur décision motivée (articles L413-1 et L413-2 du CJPM).

13 ans et plus : la garde à vue avec des garanties propres au CJPM

À partir de 13 ans, un mineur peut être placé en garde à vue dans les conditions du code de procédure pénale, mais avec les garanties supplémentaires du CJPM détaillées sur cette page : avocat obligatoire, information automatique des représentants légaux, examen médical obligatoire avant 16 ans (article L413-6 et suivants du CJPM).

À savoir avant d’agir. Ces seuils et ces durées concernent la retenue et la garde à vue. Ils ne disent rien de ce qui se passe ensuite (poursuites, mesures éducatives, détention). Pour cela, seul un avocat peut vous éclairer sur le dossier précis de votre enfant.

L'avocat est obligatoire, pas facultatif

C'est la différence la plus importante avec le régime adulte. Pour un mineur, l'assistance d'un avocat dès le début de la garde à vue n'est pas un droit qu'il faut réclamer : elle est obligatoire (article L413-9 du CJPM, qui renvoie aux articles 63-3-1 à 63-4-3 du code de procédure pénale).

  1. En priorité, c'est l'avocat choisi par le mineur lui-même qui intervient, s'il en désigne un.
  2. À défaut, ce sont les représentants légaux (parents, tuteur) qui peuvent choisir un avocat pour lui.
  3. Si personne n'a désigné d'avocat, le barreau, prévenu par le procureur, le juge d'instruction ou l'officier de police judiciaire, doit commettre d'office un avocat.
  4. Dans tous les cas, l'entretien avec l'avocat et sa présence lors des auditions ne peuvent pas être écartés pour un mineur, contrairement à certaines situations prévues pour les majeurs.

Concrètement, si vous apprenez que votre enfant est en garde à vue et qu'aucun avocat n'a encore été désigné, vous pouvez et devez en demander un immédiatement — c'est un droit que vous exercez pour lui en tant que représentant légal, pas une simple suggestion à l'administration.

Vous êtes informés automatiquement

Dans le régime adulte, la famille n'est prévenue que si la personne gardée à vue le demande elle-même. Pour un mineur, c'est l'inverse : l'officier de police judiciaire doit, après avoir avisé le procureur de la République ou le juge d'instruction, informer les représentants légaux et la personne ou le service auquel le mineur est confié — sans que le mineur ait à le demander (article L413-7 du CJPM).

Cette information peut être retardée, mais seulement dans des cas encadrés : pour permettre le recueil ou la conservation de preuves, ou pour prévenir une atteinte grave à la vie, à la liberté ou à l'intégrité physique d'une personne. Le retard est décidé par le procureur ou le juge d'instruction, pour une durée qui ne peut pas dépasser vingt-quatre heures — ou douze heures si la garde à vue ne peut pas être prolongée (article L413-7 du CJPM).

Vous devez aussi être informés, en tant que représentants légaux, du droit de votre enfant à être assisté par un avocat (article L413-7 du CJPM).

L'examen médical

Pour un mineur de moins de 16 ans, un médecin doit être désigné dès le début de la garde à vue, dans les conditions prévues par l'article 63-3 du code de procédure pénale : l'examen n'est pas soumis à une demande, il est obligatoire (article L413-8 du CJPM).

Pour un mineur de 16 ans ou plus, l'examen médical n'est pas automatique : il est informé de son droit à le demander, et ses représentants légaux ou son avocat peuvent également en faire la demande (article L413-8 du CJPM).

Durées et prolongation

Pour un mineur de 13 ans et plus, la garde à vue se déroule dans le cadre général des articles 62 à 66 du code de procédure pénale (article L413-6 du CJPM). Pour la durée initiale et la prolongation applicables dans ce cadre général, reportez-vous à notre guide sur la garde à vue en général, qui les détaille.

À savoir avant d’agir. Pour un mineur de moins de 16 ans, la garde à vue ne peut être prolongée que si les faits reprochés constituent un crime ou un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement, et la prolongation suppose une présentation préalable au procureur de la République ou au juge d'instruction, le cas échéant par visioconférence (article L413-10 du CJPM).

Toutes les auditions d'un mineur gardé à vue doivent faire l'objet d'un enregistrement audiovisuel. En l'absence d'enregistrement, aucune condamnation ne peut être prononcée sur le seul fondement des déclarations du mineur si elles sont contestées (article L413-12 du CJPM).

Ce que vous pouvez faire maintenant

  1. Vérifiez qu'un avocat a bien été désigné pour votre enfant. S'il n'en a pas, demandez-en un immédiatement : c'est obligatoire, pas facultatif.
  2. Si vous n'avez pas encore été informés officiellement par les services de police ou de gendarmerie, vous pouvez chercher à les joindre : l'information des représentants légaux est une obligation légale, pas une option laissée à leur appréciation.
  3. Ne cherchez pas à vous rendre sur place pour voir votre enfant ou assister aux auditions : aucun texte ne vous en donne le droit, que le mineur ait 13, 15 ou 17 ans.
  4. Pour tout ce qui suit une garde à vue (poursuites, mesures éducatives, détention provisoire éventuelle), consultez l'avocat désigné : lui seul connaît le dossier.

Questions fréquentes

Mon enfant a 13 ans, est-ce que la garde à vue est possible ?

Oui, à partir de 13 ans un mineur peut être placé en garde à vue dans les conditions du code de procédure pénale, avec les garanties propres au code de la justice pénale des mineurs : avocat obligatoire, information automatique des représentants légaux, examen médical obligatoire (article L413-6 et suivants du CJPM).

Mon enfant a 15 ans, est-ce différent d'un mineur de 13 ans ?

Le principe est le même à partir de 13 ans : avocat obligatoire, parents informés automatiquement. La différence porte sur l'examen médical, obligatoire avant 16 ans et seulement sur demande à partir de 16 ans, et sur les conditions de prolongation, plus strictes avant 16 ans (articles L413-8 et L413-10 du CJPM).

Mon enfant a 17 ans, les règles sont-elles les mêmes que pour un adulte ?

Non. Même à 17 ans, votre enfant reste mineur au sens du CJPM : l'avocat est obligatoire dès le début de la garde à vue et vous devez être informés automatiquement, ce qui n'est pas le cas pour un majeur (articles L413-7 et L413-9 du CJPM).

Puis-je choisir moi-même l'avocat de mon enfant ?

Oui, si votre enfant n'a pas désigné d'avocat lui-même, vous pouvez, en tant que représentant légal, en choisir un pour lui. À défaut, le barreau doit commettre un avocat d'office.

Est-ce que je peux être présent pendant l'audition de mon enfant ?

Aucun texte ne vous ouvre ce droit, quel que soit l'âge de votre enfant. C'est l'avocat qui assiste le mineur pendant la garde à vue, pas les parents.

Un enfant de moins de 13 ans peut-il être placé en garde à vue ?

Non. En dessous de 13 ans, la garde à vue n'est pas possible. La mesure applicable, plus restrictive, s'appelle la retenue et ne concerne que les 10-13 ans, pour des faits punis d'au moins cinq ans de prison (article L413-1 du CJPM).

Que se passe-t-il si la police ne nous a pas prévenus ?

L'information des représentants légaux est en principe automatique et immédiate. Elle ne peut être retardée que dans des cas précis (préservation de preuves, prévention d'une atteinte grave), pour vingt-quatre heures maximum. Si vous pensez que ce délai n'a pas été respecté, c'est un point à signaler à l'avocat de votre enfant.

Passer à l’action

Trouver un avocat pour votre enfant L'avocat est obligatoire pour un mineur en garde à vue : comment en désigner un ou en obtenir un d'office.Comprendre la garde à vue en général Déroulement, durées, ce que la famille peut faire — le régime commun aux mineurs et aux adultes.Si votre enfant est ensuite placé en détention Le rôle des parents et les droits spécifiques si la garde à vue est suivie d'une incarcération.Trouver le bon interlocuteur pour un proche détenu Identifier l'établissement et les contacts utiles si la situation évolue vers une détention.

Votre situation n’est pas celle-là ? Poser la question à CLÉA — la recherche s’exécute sur votre appareil, rien n’est envoyé.

Les textes sur lesquels repose cet article

Chaque référence a été ouverte et lue. Ces liens permettent de vérifier directement à la source les informations présentées dans cet article.

Pour aller plus loin

Ces pages sont éditées par d’autres organismes. Elles s’ouvrent dans une nouvelle fenêtre.

  • AssociationConnaître ses droits — fiches pratiques de l'OIP (nouvelle fenêtre)

    Observatoire international des prisons — section française

    Catalogue de fiches thématiques gratuites (parloirs et UVF, droit de visite, correspondance, téléphone, affectation et transferts, discipline, travail, santé, permissions de sortir), avec version papier disponible sur simple demande.

    À savoirAssociation indépendante, non officielle. Attention : la fiche « réductions de peines » du site décrit encore principalement l'ancien régime des crédits automatiques (l'OIP indique qu'une fiche sur le régime applicable depuis le 1er janvier 2023 est en cours d'écriture) — ne pas s'y fier pour le calcul de peine.

  • AssociationL'accompagnement d'un enfant au parloir (Relais Parents Enfants) (nouvelle fenêtre)

    REP — Relais Parents Enfants en milieu carcéral

    Explique comment un bénévole accompagne un enfant mineur au parloir vers son parent incarcéré, qui peut faire la demande (parent détenu, personne en charge de l'enfant, travailleur social) et sur quel fondement (décision du JAF ou du juge des enfants, ou accord amiable).

    À savoirAssociation locale (Normandie, permanences à Rouen) : ailleurs en France, rechercher le relais enfants-parents ou l'association d'accueil compétente via l'annuaire UFRAMA ou la FARAPEJ.

  • AssociationFARAPEJ — missions et orientation des personnes détenues et de leurs proches (nouvelle fenêtre)

    FARAPEJ (Fédération des associations réflexion-action, prison et justice)

    Fédération d'environ 60 associations couvrant toute la chaîne pénale ; elle reçoit les demandes des personnes détenues, de leurs proches et des sortants pour les orienter vers la structure locale adaptée (contact : farapej@farapej.fr, 07 45 24 08 58).

Liens vérifiés le 29 juillet 2026.

À lire ensuite

Information générale. Ne remplace ni un avocat, ni le règlement intérieur, ni une décision judiciaire. Article mis à jour le 06/08/2026.