Service indépendant d’information et d’orientation — non affilié à l’administration pénitentiaireSite indépendant

À méditer
Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé.
Antoine de Saint-ExupéryLe Petit Prince, 1943
Le détenu

RSA, AAH, CAF : ce que l’incarcération change aux droits de votre proche

Une personne incarcérée ne perd pas tous ses droits sociaux, mais presque tous changent — et le plus grand piège n’est pas la perte d’une aide : c’est le trop-perçu. Une allocation versée à tort pendant la détention sera réclamée, parfois des mois plus tard, au pire moment. Voici ce que les textes prévoient pour le RSA, l’AAH et les aides de la CAF, et le geste qui protège : déclarer l’incarcération sans attendre.

La réponse en trente secondes

Le RSA d’une personne détenue est suspendu au-delà de soixante jours de détention (article R. 262-45 du code de l’action sociale et des familles). L’AAH est réduite à 30 % de son montant à partir du mois suivant le soixantième jour, sauf si la personne a un enfant ou un ascendant à charge — dans ce cas elle est maintenue en entier (article R. 821-8 du code de la sécurité sociale). À la sortie, l’AAH revient automatiquement à taux plein ; le RSA est réexaminé dès la libération.

  • Le geste n° 1, dans les jours qui suivent l’incarcération : déclarer la détention à la CAF (et à la MSA le cas échéant), depuis l’espace en ligne ou par courrier. C’est ce qui évite le trop-perçu.
  • Les pensions de retraite, elles, continuent d’être versées normalement pendant la détention.
  • Si un conjoint ou des enfants restent au foyer, leurs droits ne disparaissent pas : ils sont recalculés en fonction de la nouvelle composition du foyer.
  • Une aide au logement suppose un logement occupé : si votre proche vivait seul, contactez la CAF rapidement pour faire le point plutôt que de laisser courir.
  • Un projet de suppression de l’AAH en détention figurait au budget 2026 : il a été écarté au Parlement fin 2025. Le régime décrit ici est celui en vigueur.

À savoir avant d’agir. Ne rien déclarer n’a jamais fait durer une aide : la CAF croise les informations et réclame l’indu, avec parfois une retenue sur les prestations du foyer. Déclarer tôt, c’est protéger la famille qui reste dehors.

Déclarer l’incarcération : qui, quand, comment

  1. Depuis l’espace personnel caf.fr (ou l’application), rubrique de déclaration de changement de situation — ou par courrier à la CAF du département, avec le numéro d’allocataire.
  2. Joindre le bulletin d’incarcération, délivré par le greffe de l’établissement. C’est le document que les organismes attendent — pas une attestation sur l’honneur.
  3. Si la personne détenue ne peut pas faire la démarche elle-même, un proche peut adresser le courrier avec le bulletin d’incarcération ; le SPIP peut aussi appuyer la démarche depuis l’intérieur.
  4. Conserver une copie de tout ce qui est envoyé, avec la date.

Le bulletin d’incarcération

Ce document du greffe atteste la détention et sa date de début. Il sert pour la CAF, mais aussi pour l’employeur, le bailleur ou la banque. Notre guide sur les aides de la famille explique comment l’obtenir depuis l’extérieur.

Le RSA : suspendu après soixante jours, réexaminé à la sortie

La règle est fixée par l’article R. 262-45 du code de l’action sociale et des familles : lorsqu’une personne bénéficiaire du RSA est détenue plus de soixante jours, son allocation est suspendue. Pendant les deux premiers mois de détention, le versement se poursuit donc normalement.

Si la personne vivait en couple ou avec des enfants, le droit du foyer resté dehors est recalculé : la personne détenue cesse d’être comptée dans le foyer pendant la suspension. Selon les situations, le montant versé au foyer peut monter ou descendre — c’est la CAF qui recalcule, sur la base de la déclaration.

À la libération, le droit est réexaminé sans attendre : le RSA peut reprendre dès le mois de la sortie. Ce réexamen ne se déclenche pas tout seul — il faut signaler la libération à la CAF, avec le billet de sortie. Notre guide sur les papiers et droits à la sortie détaille ce parcours.

L’AAH : réduite à 30 %, sauf charge de famille

L’allocation aux adultes handicapés obéit à l’article R. 821-8 du code de la sécurité sociale : versée à taux plein pendant les soixante premiers jours de détention, elle est ensuite réduite à 30 % de son montant à compter du premier jour du mois suivant le soixantième jour.

La réduction ne s’applique pas si la personne détenue a au moins un enfant à charge au sens des prestations familiales, un ascendant à sa charge, ou lorsque son conjoint ou partenaire ne peut pas travailler pour un motif reconnu. Dans ces situations, l’AAH reste versée en entier — c’est une protection de la famille, pas de la personne détenue seule.

À la sortie, le retour au taux plein est automatique dès le mois suivant la libération : aucune nouvelle demande n’est nécessaire, mais signaler la libération accélère la mise à jour du dossier.

Pourquoi 30 % et pas zéro

La logique des textes : pendant la détention, l’hébergement et les repas sont pris en charge ; la fraction maintenue laisse de quoi cantiner et préparer la sortie. Les 30 % sont versés à la personne, sur son compte bancaire ou son compte nominatif selon sa situation.

Logement, retraite, santé : ce qui continue, ce qui s’arrête

  • Aides au logement : elles supposent un logement occupé. Si la famille reste dans le logement, l’aide du foyer est recalculée mais continue. Si votre proche vivait seul, faites rapidement le point avec la CAF — et pesez la question du logement lui-même (résiliation, garde-meuble) avec le SPIP, surtout pour une longue peine.
  • Pensions de retraite : elles restent versées normalement pendant toute la détention.
  • Santé : la personne détenue est affiliée à l’assurance maladie pendant sa détention ; les soins passent par l’unité sanitaire de l’établissement.
  • Prime d’activité : liée à une activité professionnelle, elle cesse avec elle. Le travail en détention obéit à ses propres règles.

À savoir avant d’agir. Chaque situation familiale est différente : cette page donne les règles générales prévues par les textes. Pour un calcul précis, seule la CAF (ou la MSA) peut répondre sur dossier — et le SPIP est le bon relais depuis l’intérieur.

Questions fréquentes

Un détenu touche-t-il encore le RSA en prison ?

Oui pendant les soixante premiers jours de détention, puis le versement est suspendu (article R. 262-45 du code de l’action sociale et des familles). Le droit est réexaminé dès la libération.

L’AAH est-elle supprimée en prison ?

Non. Elle est versée à taux plein pendant soixante jours, puis réduite à 30 % — sauf si la personne a un enfant ou un ascendant à charge, auquel cas elle reste entière (article R. 821-8 du code de la sécurité sociale). Un projet de suppression a été écarté au Parlement fin 2025.

Faut-il prévenir la CAF quand un proche est incarcéré ?

Oui, sans attendre. C’est une obligation déclarative, et surtout la seule protection contre un trop-perçu qui serait réclamé plus tard au foyer. La déclaration se fait en ligne ou par courrier, avec le bulletin d’incarcération délivré par le greffe.

Que deviennent les allocations du conjoint resté dehors ?

Elles ne disparaissent pas : la CAF recalcule les droits du foyer en tenant compte de l’absence de la personne détenue. Selon les cas, le montant peut augmenter ou diminuer — d’où l’importance de déclarer vite et précisément.

La retraite est-elle versée en prison ?

Oui. Les pensions de retraite continuent d’être versées normalement pendant la détention.

Comment les droits reprennent-ils à la sortie ?

L’AAH revient automatiquement à taux plein le mois suivant la libération. Le RSA est réexaminé dès la sortie, sur signalement à la CAF avec le billet de sortie. Notre guide « papiers et droits à la sortie » détaille toutes les démarches de reprise.

Passer à l’action

Les aides pour la famille restée dehors Le versant famille : bulletin d’incarcération, ASF, RSA du foyer, aides locales.Papiers et droits à la sortie La reprise des droits, étape par étape, dès le billet de sortie.Modèles de courriers Écrire à la CAF ou à un organisme : les modèles gratuits, fabriqués sur votre appareil.Préparer une démarche pas à pas Le parcours guidé oriente selon votre situation exacte.

Votre situation n’est pas celle-là ? Poser la question à CLÉA — la recherche s’exécute sur votre appareil, rien n’est envoyé.

Les textes sur lesquels repose cet article

Chaque référence a été ouverte et lue. Ces liens permettent de vérifier directement à la source les informations présentées dans cet article.

Pour aller plus loin

Ces pages sont éditées par d’autres organismes. Elles s’ouvrent dans une nouvelle fenêtre.

  • Source officielleEnvoyer de l'argent à un proche en détention (nouvelle fenêtre)

    Ministère de la Justice

    Explique que le versement se fait par virement bancaire (le mandat justice a été supprimé), avec RIB de la régie des comptes nominatifs, numéro d'écrou, nom et prénoms, et un crédit du compte sous 2 à 4 jours ouvrés.

    À savoirPage rédigée du point de vue du virement bancaire classique : un service de virement en ligne existe désormais aussi sur le portail de l'administration pénitentiaire (voir lien service-public « Virement bancaire à un détenu »).

  • Source officielleVirement bancaire à un détenu (service en ligne) (nouvelle fenêtre)

    Service-Public.gouv.fr / Ministère chargé de la justice

    Fiche de démarche officielle qui renvoie vers le service en ligne du portail de l'administration pénitentiaire permettant de verser de l'argent sur le compte d'une personne détenue.

    À savoirLa fiche ne détaille ni les conditions (permis de visite) ni les plafonds : ils s'appliquent sur le portail lui-même.

  • Source officielleVie en prison : droit de visite, accès au téléphone, réception d'argent, etc. (nouvelle fenêtre)

    Service-Public.gouv.fr (DILA)

    Fiche de référence sur le quotidien en détention : ouverture du compte nominatif à l'arrivée, deux façons de recevoir de l'argent (portail pénitentiaire ou virement sur le RIB de la régie), délai de 2 à 4 jours ouvrés, et liste des achats possibles en cantine.

  • Source officielleCode pénitentiaire — Article R332-3 (subsides en argent) (nouvelle fenêtre)

    Légifrance (DILA)

    Article qui pose qui peut envoyer de l'argent : les titulaires d'un permis permanent de visite ou les personnes autorisées par le chef d'établissement, les sommes étant ensuite réparties selon les règles du compte nominatif.

  • Source officiellePrison : droits familiaux, sociaux, sanitaires et civiques des détenus (nouvelle fenêtre)

    Justice.fr — ministère de la Justice (contenu Service-Public / DILA)

    Fiche mise à jour le 7 mai 2025 distinguant les droits du condamné et ceux du prévenu : mariage ou Pacs en détention, autorité parentale, visite des enfants, et permis de visite exigé pour les témoins, le conjoint ou le notaire.

  • AssociationConnaître ses droits — fiches pratiques de l'OIP (nouvelle fenêtre)

    Observatoire international des prisons — section française

    Catalogue de fiches thématiques gratuites (parloirs et UVF, droit de visite, correspondance, téléphone, affectation et transferts, discipline, travail, santé, permissions de sortir), avec version papier disponible sur simple demande.

    À savoirAssociation indépendante, non officielle. Attention : la fiche « réductions de peines » du site décrit encore principalement l'ancien régime des crédits automatiques (l'OIP indique qu'une fiche sur le régime applicable depuis le 1er janvier 2023 est en cours d'écriture) — ne pas s'y fier pour le calcul de peine.

  • AssociationFARAPEJ — missions et orientation des personnes détenues et de leurs proches (nouvelle fenêtre)

    FARAPEJ (Fédération des associations réflexion-action, prison et justice)

    Fédération d'environ 60 associations couvrant toute la chaîne pénale ; elle reçoit les demandes des personnes détenues, de leurs proches et des sortants pour les orienter vers la structure locale adaptée (contact : farapej@farapej.fr, 07 45 24 08 58).

  • AssociationGarder le contact, c'est possible — avoir un parent incarcéré (nouvelle fenêtre)

    UFRAMA, avec le soutien du ministère de la Justice, du Défenseur des droits et de la Fondation de France

    Site d'information conçu pour les adolescents et jeunes adultes ayant un parent détenu : démarches pour obtenir un permis de visite, ce qui se passe au parloir, et moyens de reprendre ou garder le lien, avec un formulaire de questions anonymes.

    À savoirRessource associative (UFRAMA) soutenue par le ministère de la Justice, mais qui n'est pas une source officielle de droit : vérifier les règles applicables auprès de l'établissement pénitentiaire.

Liens vérifiés le 29 juillet 2026.

Seul le contenu public de la page est partagé.

Une information est incorrecte ?

À lire ensuite

Information générale. Ne remplace ni un avocat, ni le règlement intérieur, ni une décision judiciaire. Article mis à jour le 16/08/2026.