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Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles.
SénèqueLettres à Lucilius
Droits & justice

La permission de sortir : quelques jours dehors, sans que la peine s'arrête

Une permission de sortir n'est pas une libération, ni un aménagement de peine. C'est une sortie temporaire, encadrée, décidée par un juge, à l'issue de laquelle la personne rentre. Cette page explique ce que disent les textes : les motifs prévus, qui décide, les conditions liées à la peine, la durée, ce que votre proche doit justifier, et ce qui se passe s'il ne rentre pas.

La réponse en trente secondes

Une permission de sortir autorise une personne condamnée à s'absenter de l'établissement pendant une durée déterminée. Le temps passé dehors s'impute sur la durée de la peine en cours d'exécution : la peine continue de courir, elle n'est ni suspendue ni rallongée. C'est le juge de l'application des peines qui accorde la première permission, après avis de la commission de l'application des peines.

À savoir avant d’agir. Information générale : cette page ne remplace pas l'analyse d'un avocat sur une situation individuelle. Les décisions sont prises au cas par cas par le juge de l'application des peines, et un texte peut être modifié après la publication de cette page.

  • Trois objets sont prévus par le texte : préparer la réinsertion professionnelle ou sociale, maintenir les liens familiaux, ou accomplir une obligation exigeant sa présence.
  • La demande vient de votre proche, pas de vous : c'est lui qui écrit au juge de l'application des peines.
  • L'accès dépend de la peine et du type d'établissement : les textes fixent des seuils différents selon les cas.
  • Rien n'est automatique. Aucun de ces seuils n'ouvre un droit : ce sont des conditions pour pouvoir demander.

Ce n'est pas la même chose qu'un aménagement de peine

Un aménagement de peine remplace la détention par une autre façon d'exécuter la peine, sur la durée. Une permission de sortir ne change rien au régime : votre proche sort, puis revient. Les deux se préparent toutefois avec les mêmes pièces, et un parcours de permissions respectées pèse dans un dossier d'aménagement.

Les motifs prévus par les textes

Le code de procédure pénale fixe l'objet de la permission de sortir : préparer la réinsertion professionnelle ou sociale, maintenir les liens familiaux, ou permettre d'accomplir une obligation exigeant la présence de la personne. La partie réglementaire précise ensuite les situations concrètes.

  • Le maintien des liens familiaux et la préparation de la réinsertion : c'est la permission de plusieurs jours, celle que les familles attendent le plus souvent.
  • L'événement familial grave : la maladie grave ou le décès d'un membre de la famille proche, ou la naissance de son enfant.
  • L'obligation exigeant sa présence, sur une seule journée : présentation à un employeur ou à une structure de formation, de stage ou d'enseignement pour les personnes prochainement libérables ou susceptibles d'un aménagement, épreuves d'un examen, présentation à une structure de soins, activités culturelles ou sportives organisées, exercice du droit de vote.
  • Les samedis, dimanches et jours fériés ou chômés, ponctuellement ou à titre habituel, pour les personnes admises au régime de la semi-liberté, en placement à l'extérieur ou placées sous surveillance électronique.

À savoir avant d’agir. Un motif prévu par un texte ne veut pas dire une permission accordée. Le juge apprécie chaque situation. Ne dites jamais à un enfant que son parent sera là avant que la décision ne soit notifiée.

Qui décide, et comment la demande part

La décision appartient au juge de l'application des peines. Sauf urgence, les ordonnances concernant les permissions de sortir sont prises après avis de la commission de l'application des peines, présidée par ce juge. La commission est réputée avoir rendu son avis si celui-ci n'est pas intervenu dans le délai d'un mois à compter du jour de sa saisine.

  1. Votre proche rédige une requête au juge de l'application des peines : il expose le motif, les dates demandées, le lieu où il séjournera et la personne qui l'héberge.
  2. Il la remet au directeur de l'établissement, qui la transmet au greffe du juge de l'application des peines compétent. La requête peut aussi être envoyée directement à ce greffe, par lettre recommandée avec accusé de réception.
  3. Il demande en parallèle un entretien au service pénitentiaire d'insertion et de probation : c'est ce service qui suit le parcours et documente le dossier.
  4. Il joint les justificatifs : attestation d'hébergement, pièce d'identité de la personne qui héberge, justificatif du motif invoqué.
  5. La commission de l'application des peines rend son avis, puis le juge statue.

Après la première permission

Lorsqu'une première permission de sortir a été accordée à une personne majeure par le juge de l'application des peines, les permissions suivantes peuvent, sauf décision contraire de ce magistrat, être accordées par le chef d'établissement. En cas de refus du chef d'établissement, la permission peut être demandée à nouveau au juge de l'application des peines.

À savoir avant d’agir. Les textes ne fixent pas de délai de réponse global. N'attendez pas la veille d'un événement pour déposer la demande : la commission dispose à elle seule d'un mois pour rendre son avis.

Les conditions liées à la peine

Les seuils ne sont pas les mêmes selon le motif et selon l'établissement où la personne est détenue. Voici ce que disent les textes, sans interprétation. Seuls l'avocat, le greffe et le service pénitentiaire d'insertion et de probation peuvent dire lequel s'applique à votre proche, car cela dépend de la peine totale, de ce qui a déjà été exécuté et du lieu de détention.

  • Maintien des liens familiaux ou préparation de la réinsertion, pour les personnes détenues en maison d'arrêt, maison centrale ou centre de semi-liberté : lorsqu'elles exécutent une ou plusieurs peines privatives de liberté d'une durée totale n'excédant pas un an ; ou lorsqu'elles ont exécuté la moitié de la peine et n'ont plus à subir qu'un temps de détention inférieur à trois ans ; ou lorsque le juge ou le tribunal de l'application des peines a subordonné l'octroi de la libération conditionnelle à la condition d'avoir bénéficié d'une ou plusieurs permissions de sortir.
  • En centre de détention : ces mêmes permissions sont possibles lorsque la personne a exécuté le tiers de sa peine.
  • Événement familial grave — maladie grave ou décès d'un membre de la famille proche, naissance de son enfant : pour les personnes condamnées à une durée totale n'excédant pas cinq ans, et pour celles condamnées au-delà de cinq ans lorsqu'elles ont exécuté la moitié de leur peine.
  • Permission d'une journée pour une obligation exigeant sa présence : mêmes seuils, une durée totale n'excédant pas cinq ans, ou la moitié de la peine exécutée au-delà de cinq ans.

À savoir avant d’agir. Les textes visent des personnes condamnées. Une personne en détention provisoire n'est pas jugée : elle n'entre pas dans ce dispositif. En cas d'événement familial grave pendant une détention provisoire, c'est à l'avocat qu'il faut s'adresser sans attendre, pour qu'il saisisse le magistrat en charge du dossier.

Combien de temps dure une permission

  • Maintien des liens familiaux ou réinsertion, en maison d'arrêt, maison centrale ou centre de semi-liberté : trois jours au maximum.
  • En centre de détention : la durée peut être portée à cinq jours et, une fois par an, à dix jours.
  • Événement familial grave : trois jours au maximum.
  • Obligation exigeant sa présence : une journée au maximum.

Ce sont des maximums, pas des durées acquises : la décision fixe la durée réelle. La permission peut être accordée pour une ou plusieurs sorties, et elle autorise la personne à se rendre en un lieu situé sur le territoire national. Elle peut être assortie de conditions et d'obligations.

Une adresse, pas une liberté d'aller où l'on veut

Le lieu de séjour figure dans la décision. Si votre proche doit dormir chez vous, c'est votre adresse qui sera écrite. Un changement d'adresse de dernière minute n'est pas une petite formalité : il faut en parler avant, au service pénitentiaire d'insertion et de probation.

Ce que la famille prépare : hébergement, transport, argent

C'est le point que les familles découvrent trop tard. Le texte est explicite : la personne détenue supporte les frais occasionnés par son séjour hors de l'établissement. Et aucune permission de sortir ne peut être accordée si une somme suffisante ne figure pas à la part disponible de son compte, ou si elle ne justifie pas de possibilités licites d'hébergement et de transport.

  • Une attestation d'hébergement écrite, datée et signée par la personne qui accueille, avec l'adresse exacte du lieu de séjour.
  • Une copie de la pièce d'identité de la personne qui héberge.
  • Le justificatif du motif : convocation, certificat médical, acte de décès, inscription en formation, promesse d'embauche, convocation à un entretien.
  • De quoi payer le trajet aller et retour : c'est la part disponible du compte nominatif qui est regardée, pas votre porte-monnaie le jour même.
  • Le trajet lui-même, pensé à l'avance : horaires, correspondances, heure de retour à l'établissement.

À savoir avant d’agir. Si vous devez envoyer de l'argent pour que le trajet soit finançable, faites-le suffisamment tôt : un virement mal libellé peut être rejeté et revenir des semaines plus tard.

Écrire l'attestation sans se tromper

Une attestation utile dit qui vous êtes, votre lien avec la personne, l'adresse complète où elle sera hébergée, les dates, et le fait que vous l'accueillez pour la durée de la permission. Joignez la copie de votre pièce d'identité. Datez et signez.

Refus, retrait, et ce qu'on peut contester

Un refus n'interdit pas de redemander plus tard, avec un dossier plus complet. Lorsque c'est le chef d'établissement qui refuse une permission ultérieure, la permission peut être demandée à nouveau au juge de l'application des peines, qui statue lui-même.

Une permission accordée peut aussi être retirée : le juge de l'application des peines peut ordonner le retrait d'une permission de sortir et la réincarcération immédiate de la personne si les conditions qui ont permis son octroi ne sont plus réunies.

À savoir avant d’agir. Les décisions du juge de l'application des peines peuvent être attaquées par la voie de l'appel par la personne condamnée, à compter de leur notification. Pour les ordonnances relevant de l'article 712-5 — celles qui concernent les permissions de sortir — le délai est de vingt-quatre heures. Ce délai est extrêmement court : dès qu'une décision est notifiée, l'avocat doit être prévenu le jour même.

Si la personne ne rentre pas

Le code pénal est net. Constitue une évasion, punie des mêmes peines qu'une évasion, le fait pour un condamné de ne pas réintégrer l'établissement pénitentiaire à l'issue d'une permission de sortir. Se soustraire au contrôle auquel on est soumis pendant la permission est visé de la même façon.

L'évasion est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Au-delà de la sanction pénale, un non-retour referme durablement la porte des permissions suivantes et de tout aménagement.

À savoir avant d’agir. En cas de problème réel le jour du retour — accident, hospitalisation, train supprimé — ne décidez pas seule ou seul de ce qui est grave. Faites joindre l'établissement le plus tôt possible, et prévenez l'avocat. Un retard signalé et un non-retour ne se traitent pas de la même manière.

Votre rôle, le jour du retour

Beaucoup de familles racontent la même chose : la sortie se passe bien, c'est le retour qui est dur. Prévoyez l'heure de départ largement à l'avance, ne prévoyez rien d'autre ce jour-là, et accompagnez si vous le pouvez.

Questions fréquentes

Est-ce que la permission de sortir rallonge la peine ?

Non. Le texte précise que la permission autorise à s'absenter pendant une période de temps déterminée qui s'impute sur la durée de la peine en cours d'exécution. Les jours passés dehors comptent comme des jours de peine.

Mon compagnon est en détention provisoire, peut-il sortir pour la naissance de notre enfant ?

Les textes sur la permission de sortir visent les personnes condamnées. En détention provisoire, la situation dépend du magistrat en charge du dossier. Appelez l'avocat sans attendre : c'est lui qui peut le saisir, et le délai compte.

Combien de temps avant faut-il déposer la demande ?

Les textes que nous avons consultés ne fixent pas de délai de dépôt. Mais la commission de l'application des peines dispose d'un mois pour rendre son avis, et son avis est réputé rendu au-delà. Déposer plusieurs semaines à l'avance est donc la seule attitude raisonnable.

Peut-il venir chez moi si j'habite loin, ou partir à l'étranger ?

La permission autorise la personne à se rendre en un lieu situé sur le territoire national. Le lieu est indiqué dans la décision. Une sortie hors de France n'entre pas dans ce cadre.

Qui paie le train et les repas pendant la permission ?

La personne détenue supporte les frais de son séjour hors de l'établissement. Aucune permission ne peut d'ailleurs être accordée si une somme suffisante ne figure pas à la part disponible de son compte, ou si elle ne justifie pas de possibilités licites d'hébergement et de transport.

Faut-il repasser devant le juge pour chaque permission ?

Pas nécessairement. Une fois qu'une première permission a été accordée à une personne majeure par le juge de l'application des peines, les suivantes peuvent être accordées par le chef d'établissement, sauf décision contraire du juge. Si le chef d'établissement refuse, la demande peut être présentée à nouveau au juge.

Une permission réussie garantit-elle un aménagement de peine ensuite ?

Non, rien n'est garanti. Mais le juge ou le tribunal de l'application des peines peut subordonner l'octroi d'une libération conditionnelle à la condition d'avoir bénéficié d'une ou plusieurs permissions de sortir : dans ce cas, la permission fait partie du chemin.

Passer à l’action

Rédiger la demande de permission de sortir Le modèle de requête au juge de l'application des peines, avec les dates, le motif, le lieu d'hébergement et la liste des pièces à joindre.Demander un entretien au SPIP Le service pénitentiaire d'insertion et de probation suit le parcours et documente le dossier examiné par la commission.Comprendre l'aménagement de peine L'étape suivante : ce qui peut remplacer la détention sur la durée, et pourquoi ce n'est pas la même mesure qu'une permission.Envoyer de l'argent avant la permission Sans somme suffisante sur la part disponible, la permission ne peut pas être accordée. Le virement se prépare des semaines à l'avance.Préparer la sortie Hébergement, papiers, ressources : ce qui se construit bien avant la date de fin de peine.Trouver l'établissement et ses contacts Coordonnées du greffe et du SPIP pour savoir où envoyer la requête et à qui parler.

Votre situation n’est pas celle-là ? Poser la question à CLÉA — la recherche s’exécute sur votre appareil, rien n’est envoyé.

Les textes sur lesquels repose cet article

Chaque référence a été ouverte et lue. Ces liens permettent de vérifier directement à la source les informations présentées dans cet article.

Pour aller plus loin

Ces pages sont éditées par d’autres organismes. Elles s’ouvrent dans une nouvelle fenêtre.

  • Source officiellePrison : droits familiaux, sociaux, sanitaires et civiques des détenus (nouvelle fenêtre)

    Justice.fr — ministère de la Justice (contenu Service-Public / DILA)

    Fiche mise à jour le 7 mai 2025 distinguant les droits du condamné et ceux du prévenu : mariage ou Pacs en détention, autorité parentale, visite des enfants, et permis de visite exigé pour les témoins, le conjoint ou le notaire.

  • Source officielle« Je suis en détention » : le guide du détenu arrivant (page de présentation) (nouvelle fenêtre)

    Ministère de la Justice — direction de l'administration pénitentiaire

    Page officielle de mise à disposition du guide remis aux personnes arrivant en détention, avec le PDF en téléchargement (mise à jour affichée : mars 2026).

  • AssociationConnaître ses droits — fiches pratiques de l'OIP (nouvelle fenêtre)

    Observatoire international des prisons — section française

    Catalogue de fiches thématiques gratuites (parloirs et UVF, droit de visite, correspondance, téléphone, affectation et transferts, discipline, travail, santé, permissions de sortir), avec version papier disponible sur simple demande.

    À savoirAssociation indépendante, non officielle. Attention : la fiche « réductions de peines » du site décrit encore principalement l'ancien régime des crédits automatiques (l'OIP indique qu'une fiche sur le régime applicable depuis le 1er janvier 2023 est en cours d'écriture) — ne pas s'y fier pour le calcul de peine.

  • AssociationGarder le contact, c'est possible — avoir un parent incarcéré (nouvelle fenêtre)

    UFRAMA, avec le soutien du ministère de la Justice, du Défenseur des droits et de la Fondation de France

    Site d'information conçu pour les adolescents et jeunes adultes ayant un parent détenu : démarches pour obtenir un permis de visite, ce qui se passe au parloir, et moyens de reprendre ou garder le lien, avec un formulaire de questions anonymes.

    À savoirRessource associative (UFRAMA) soutenue par le ministère de la Justice, mais qui n'est pas une source officielle de droit : vérifier les règles applicables auprès de l'établissement pénitentiaire.

  • AssociationFARAPEJ — missions et orientation des personnes détenues et de leurs proches (nouvelle fenêtre)

    FARAPEJ (Fédération des associations réflexion-action, prison et justice)

    Fédération d'environ 60 associations couvrant toute la chaîne pénale ; elle reçoit les demandes des personnes détenues, de leurs proches et des sortants pour les orienter vers la structure locale adaptée (contact : farapej@farapej.fr, 07 45 24 08 58).

Liens vérifiés le 29 juillet 2026.

À lire ensuite

Information générale. Ne remplace ni un avocat, ni le règlement intérieur, ni une décision judiciaire. Article mis à jour le 05/08/2026.