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À méditer
La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi.
Michel de MontaigneEssais, I, 39, 1580
Le détenu

Comment savoir si quelqu’un est en prison, et où il se trouve

C’est souvent la première question, posée dans la panique : est-il en prison, et où ? La réponse honnête est désagréable, et c’est pour cela que presque personne ne l’écrit — il n’existe en France aucun fichier que les familles puissent consulter, et l’administration pénitentiaire ne vous appellera pas. Il existe en revanche trois voies réelles, dont une passe par le procureur de la République. Les voici, dans l’ordre du plus rapide au plus lent.

La réponse en trente secondes

Il n'existe en France aucun fichier que les familles puissent consulter pour savoir où une personne est détenue, et l'établissement ne vous appellera pas. Trois voies réelles existent : attendre son courrier ou son appel, passer par un avocat, ou écrire au procureur de la République.

  • Aucun site public ne permet de chercher une personne détenue par son nom. Certains sites font payer une information qui s'obtient gratuitement.
  • Voie 1, la plus rapide dans les faits : la personne détenue est mise en mesure d'informer sa famille dans les meilleurs délais (article R. 212-14 du code pénitentiaire). Cela peut prendre plusieurs jours, sans que cela soit un mauvais signe.
  • Voie 2, la plus efficace quand l'attente n'est pas tenable : l'avocat accède au dossier, il sait où la personne se trouve et peut la rencontrer sans permis de visite. Un point-justice répond gratuitement au 3039.
  • Voie 3, la voie officielle : une requête au procureur de la République. Si vous ne savez pas où votre proche est détenu, vous écrivez au procureur de votre propre lieu de résidence (article D. 214-31 du code pénitentiaire).
  • Une fois que vous savez : notez l'adresse de l'établissement, obtenez le numéro d'écrou, demandez le permis de visite.

À savoir avant d’agir. Deux limites à connaître avant de commencer. La communication du lieu de détention à un tiers suppose le consentement exprès de la personne détenue : elle peut refuser, et ce refus sera respecté. Et le procureur apprécie si les renseignements demandés peuvent être donnés : il peut refuser, aucun délai de réponse n'est fixé par le texte. Personne ne peut vous garantir un résultat.

Ce que vous pouvez préparer tout de suite

Rassemblez votre pièce d'identité et un justificatif de votre lien de parenté : ce sont les pièces qu'on vous demandera pour le permis de visite. Vous gagnerez les jours que vous êtes en train de perdre.

Vous ne savez même pas s’il est en prison

Les deux questions — est-il en prison, et où — ont la même réponse : aucun fichier public ne vous le dira, et ce sont les mêmes trois voies qui y répondent. Une seule chose change quand vous ne savez rien encore : les premières heures, avant toute incarcération, sont celles de la garde à vue.

Une personne placée en garde à vue a le droit de faire prévenir par téléphone un proche : une personne avec laquelle elle vit, un parent en ligne directe, un frère ou une sœur (article 63-2 du code de procédure pénale). Sauf circonstance insurmontable, cet avis intervient au plus tard dans les trois heures suivant sa demande ; le procureur de la République peut toutefois le différer ou le refuser si l’enquête l’exige. Si vous êtes la personne prévenue, vous savez qu’elle est retenue, pas ce qui suivra : à l’issue de la garde à vue, elle est libérée ou présentée à un magistrat, et c’est seulement en cas de placement en détention qu’elle sera mise en mesure de vous informer de l’établissement (article R. 212-14 du code pénitentiaire).

  • Pas d’appel dans les 48 heures : cela ne prouve rien. La personne peut ne pas avoir demandé à vous prévenir, ou avoir désigné quelqu’un d’autre.
  • L’avocat est le seul à savoir tout de suite : s’il a assisté la garde à vue ou la présentation au juge, il sait si la personne a été libérée, déférée ou écrouée. Un point-justice répond gratuitement au 3039 pour vous orienter.
  • La requête au procureur de la République fonctionne aussi quand vous ignorez si votre proche est détenu : vous l’adressez au procureur de votre propre lieu de résidence (article D. 214-31 du code pénitentiaire).

À savoir avant d’agir. La communication du lieu de détention à un tiers suppose le consentement exprès de la personne détenue (article D. 214-31). Le silence des services n’est pas dirigé contre vous : c’est la règle, pour tout le monde.

Pourquoi vous ne trouverez pas la réponse sur Internet

Aucun site public ne permet de rechercher une personne détenue par son nom. Le portail de l’administration pénitentiaire ne cherche que des établissements : pour y faire la moindre démarche, il faut déjà savoir où se trouve la personne et connaître son numéro d’écrou. Les sites qui laissent croire le contraire vous font perdre du temps, et certains font payer une information qui s’obtient gratuitement.

La raison n’est pas administrative, elle est juridique. Le lieu de détention est une information que les services pénitentiaires transmettent aux autorités compétentes, pas au public. Sa communication à un tiers est subordonnée à deux conditions cumulatives : l’appréciation de l’administration ou du magistrat chargé du dossier, et le consentement exprès de la personne détenue (article D. 214-31 du code pénitentiaire).

À savoir avant d’agir. Cela signifie qu’une personne détenue peut refuser que sa localisation soit communiquée à sa famille, et que ce refus sera respecté. C’est dur à entendre, mais c’est une protection : elle vaut aussi pour les personnes qui fuient un proche violent.

Voie 1 — attendre son courrier ou son appel, c’est presque toujours la plus rapide

À son arrivée, la personne détenue « est mise en mesure d’informer sa famille de son placement en détention dans les meilleurs délais » (article R. 212-14 du code pénitentiaire). Dans les faits, c’est ainsi que la très grande majorité des familles apprend où se trouve leur proche : par une lettre, ou par un appel une fois les autorisations obtenues.

Cette attente est atroce et elle peut durer plusieurs jours, le temps du passage au greffe, de l’ouverture des droits au téléphone et de l’acheminement du courrier. Ce n’est pas un signe que quelque chose se passe mal.

Ce que vous pouvez préparer pendant ce temps

Rassemblez votre pièce d’identité et un justificatif de votre lien de parenté : ce sont les pièces qu’on vous demandera pour le permis de visite. Vous gagnerez les jours que vous êtes en train de perdre.

Voie 2 — l’avocat, le seul qui accède au dossier

C’est la voie la plus efficace quand l’attente n’est pas tenable. L’avocat, lui, accède au dossier de la procédure : il sait où la personne se trouve, et il peut la rencontrer sans permis de visite. La famille, non.

  1. Si un avocat est déjà saisi, appelez son cabinet : c’est votre interlocuteur.
  2. Sinon, contactez le barreau du tribunal concerné : le Conseil national des barreaux publie l’annuaire des barreaux français.
  3. Un point-justice répond gratuitement au 3039 et peut vous orienter, y compris pour l’aide juridictionnelle.
  4. Notez par écrit tout ce qui vous est dit, avec les dates : cela vous servira pour les démarches suivantes.

Voie 3 — la requête au procureur de la République

C’est la voie officielle prévue quand la personne détenue n’a pas donné son consentement. L’article D. 214-31 du code pénitentiaire l’écrit noir sur blanc : à défaut de consentement, « les personnes qui auraient un intérêt légitime à obtenir de tels renseignements ont la faculté d’en solliciter la communication par une requête adressée au procureur de la République du lieu de détention ou, si ce lieu n’est pas connu des requérants, au procureur de la République de leur résidence ».

Autrement dit : si vous ne savez pas où votre proche est détenu, vous écrivez au procureur de la République de VOTRE lieu de résidence. C’est le point que presque personne ne connaît, et c’est celui qui débloque la situation.

  • Écrivez une lettre simple, en recommandé avec avis de réception, et gardez une copie.
  • Indiquez qui vous êtes, votre lien avec la personne, son état civil complet, et ce que vous demandez : connaître son lieu de détention.
  • Expliquez en quoi votre intérêt est légitime — le texte ne définit pas ce terme, c’est le magistrat qui l’apprécie.
  • Ne réclamez rien d’autre : ni le motif, ni les faits, ni la durée. Une demande étroite a plus de chances d’aboutir.

À savoir avant d’agir. Le magistrat « apprécie si les renseignements demandés peuvent être donnés ». Il peut donc refuser, et aucun délai de réponse n’est fixé par le texte. Personne ne peut vous garantir un résultat, et un site qui vous le promet vous mène en bateau.

Une fois que vous savez : les quatre premières démarches

  1. Notez l’adresse exacte de l’établissement et son numéro de téléphone : l’annuaire de ce site les reprend de l’Annuaire de l’administration.
  2. Obtenez le numéro d’écrou — c’est lui qui conditionne le courrier, l’argent et les demandes en ligne.
  3. Demandez le permis de visite : l’autorité compétente dépend de la situation pénale, chef d’établissement pour une personne condamnée, magistrat du dossier pour une personne prévenue.
  4. Repérez la maison d’accueil des familles s’il en existe une : ce sont des bénévoles qui connaissent le fonctionnement réel de cet établissement, celui qu’aucun site ne peut décrire à votre place.

En cas de transfert

Une personne détenue peut être transférée sans que la famille soit prévenue à l’avance : l’information arrive souvent après l’arrivée dans le nouvel établissement. Un parloir réservé peut donc tomber à l’eau. Confirmez toujours votre créneau la veille, et faites-vous confirmer par écrit ce qui reste valable après un transfert.

Questions fréquentes

Comment savoir si une personne est en prison, sans savoir où ?

Par les mêmes trois voies : son appel ou sa lettre, son avocat, ou une requête au procureur de la République de votre lieu de résidence. Si elle vient d’être arrêtée, elle peut faire prévenir un proche pendant la garde à vue (article 63-2 du code de procédure pénale) ; l’établissement, lui, ne vous appellera jamais.

Existe-t-il un fichier ou un annuaire pour savoir si quelqu’un est en prison ?

Non. Aucun fichier n’est consultable par le public en France. Le portail de l’administration pénitentiaire ne permet de rechercher que des établissements, et il faut déjà connaître l’établissement et le numéro d’écrou pour y faire une démarche. Méfiez-vous des sites qui font payer ce type de « recherche ».

Un proche peut-il refuser que je sache où il est ?

Oui. La communication de son lieu de détention à un tiers suppose son consentement exprès (article D. 214-31 du code pénitentiaire). À défaut, il reste la requête au procureur de la République, qui apprécie librement.

À quel procureur écrire si je ne sais pas où est mon proche ?

Au procureur de la République de votre propre lieu de résidence : le texte le prévoit expressément lorsque le lieu de détention n’est pas connu du demandeur.

L’administration prévient-elle la famille d’une incarcération ?

Non. C’est la personne détenue qui est mise en mesure d’informer sa famille dans les meilleurs délais (article R. 212-14). Aucun appel ne vous sera passé par l’établissement.

Combien de temps avant d’avoir des nouvelles ?

Aucun délai n’est garanti. Cela dépend du passage au greffe, de l’ouverture des droits au téléphone et de l’acheminement du courrier. L’avocat reste la voie la plus rapide quand l’attente n’est pas tenable.

Passer à l’action

Lancer la recherche pas à pas Le parcours guidé indique à qui écrire pour localiser un proche, et ce que la demande doit contenir.Trouver l’établissement dans l’annuaire Adresse, téléphone et lien officiel, établissement par établissement.Avocat et aide juridictionnelle Comment le trouver, comment le payer, ce qu’il peut faire que vous ne pouvez pas.Les 72 premières heures Cinq actions pour ne rien perdre d’essentiel.Ensuite : obtenir le numéro d’écrou Une fois l’établissement connu, c’est l’écrou qui conditionne le courrier et l’argent.D’abord : les 72 premières heures Trois démarches le premier jour, cinq la première semaine — dans l’ordre qui les rend possibles.Détention provisoire et mandat de dépôt Ce que signifient les mots entendus au tribunal, et ce que la famille peut savoir.

Votre situation n’est pas celle-là ? Poser la question à CLÉA — la recherche s’exécute sur votre appareil, rien n’est envoyé.

Les textes sur lesquels repose cet article

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Pour aller plus loin

Ces pages sont éditées par d’autres organismes. Elles s’ouvrent dans une nouvelle fenêtre.

  • Source officielleComment bénéficier d'un avocat commis d'office ? (nouvelle fenêtre)

    Service-Public / DILA (Premier ministre)

    Explique comment demander la désignation d'un avocat commis d'office par le bâtonnier ou le juge, à quel moment de la procédure, et comment refuser l'avocat désigné en motivant sa demande.

    À savoirL'avocat commis d'office n'est pas gratuit : ses honoraires restent dus, sauf si l'aide juridictionnelle est accordée.

  • Source officielleAnnuaire officiel des point-justice (nouvelle fenêtre)

    Ministère de la Justice

    Moteur de recherche officiel permettant de trouver, par ville ou code postal, le point-justice le plus proche — lieu d'accueil gratuit et confidentiel d'information sur les droits.

  • Source officielleObtenir une aide personnalisée : le 3039 et les point-justice (nouvelle fenêtre)

    Justice.fr / Ministère de la Justice

    Page d'orientation vers l'aide juridique de proximité : numéro unique gratuit 30 39 de l'accès au droit et renvoi vers les point-justice, utile aux proches qui cherchent une consultation juridique gratuite.

  • Source officielle« Je suis en détention » : le guide du détenu arrivant (page de présentation) (nouvelle fenêtre)

    Ministère de la Justice — direction de l'administration pénitentiaire

    Page officielle de mise à disposition du guide remis aux personnes arrivant en détention, avec le PDF en téléchargement (mise à jour affichée : mars 2026).

  • AssociationFARAPEJ — missions et orientation des personnes détenues et de leurs proches (nouvelle fenêtre)

    FARAPEJ (Fédération des associations réflexion-action, prison et justice)

    Fédération d'environ 60 associations couvrant toute la chaîne pénale ; elle reçoit les demandes des personnes détenues, de leurs proches et des sortants pour les orienter vers la structure locale adaptée (contact : farapej@farapej.fr, 07 45 24 08 58).

  • AssociationAvoir un avocat (en détention) (nouvelle fenêtre)

    Observatoire international des prisons — section française

    Fiche pratique sur le droit à un avocat en détention : libre communication (parloir avocat non surveillé, courrier confidentiel), permis de communiquer, choix ou commission d'office, aide juridictionnelle et assistance en commission de discipline.

    À savoirAssociation indépendante et militante, ce n'est pas une source officielle : à utiliser comme ressource documentaire et à recouper avec les textes et les sources publiques.

Liens vérifiés le 29 juillet 2026.

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Information générale. Ne remplace ni un avocat, ni le règlement intérieur, ni une décision judiciaire. Article mis à jour le 07/09/2026.