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À méditer
Tous veulent changer l'humanité, personne ne songe à se changer soi-même.
Léon TolstoïTrois méthodes de réforme, 1900
Jeu pédagogique · 6 cartes

Comprendre sa peine et son calcul

Peu de sujets produisent autant de fausses certitudes que le calcul d’une peine. Les informations circulent de bouche à oreille, se déforment, et une personne peut passer des mois à se projeter sur une date qui n’existe pas.

Ce qui se raconte en promenade

« Avec la bonne conduite, tu sors automatiquement plus tôt, c’est la loi. » Cette phrase, ou l’une de ses variantes, est prononcée dans toutes les détentions de France. Une carte du jeu la met dans la bouche d’un codétenu sûr de lui, et c’est précisément là qu’elle est dangereuse : elle n’est pas dite par malveillance, elle est dite par quelqu’un qui y croit. Le jeu ne corrige pas la croyance par une leçon de droit ; il montre ce qui arrive à celui qui a bâti sa sortie dessus.

La détention provisoire

Une carte pose une question de calcul simple en apparence : quatre mois de détention provisoire avant le jugement, dix-huit mois de condamnation, combien reste-t-il ? Beaucoup de personnes détenues ignorent que le temps déjà passé s’impute. Elles vivent une durée plus longue que la durée réelle, ce qui décale tout : les démarches, les demandes, la préparation. Cette carte est rattachée à une fiche juridique du jeu, avec ses références.

Le document qu’on n’ose pas faire expliquer

Une troisième carte montre une personne qui reçoit un document du greffe sur sa situation pénale et qui n’y comprend rien — mais qui a honte de demander. C’est le point aveugle de tout le système : l’information existe, elle est remise, et elle n’est pas comprise. Demander une explication n’est pas contester une décision, et le jeu insiste sur cette distinction, parce que c’est elle qui débloque la demande.

Pourquoi une information fausse circule mieux qu’une vraie

Une information exacte sur une peine est presque toujours prudente : elle comporte des conditions, des exceptions, un « cela dépend ». Une information fausse, elle, est nette, rassurante et se retient en une phrase. C’est ce qui explique sa vitesse de propagation en détention, où le besoin de certitude est immense. Le jeu ne combat pas cette mécanique par plus de droit ; il la combat en montrant le moment où la personne découvre l’écart entre ce qu’on lui avait dit et ce qui s’applique. C’est ce moment-là qui fait comprendre pourquoi il faut vérifier auprès de son avocat ou du greffe plutôt qu’en promenade.

Ce que vous pouvez faire

Vous n’avez pas accès au dossier pénal de votre proche, et c’est normal : il est couvert par le secret. En revanche, l’avocat est votre interlocuteur légitime sur ces questions, et une personne détenue peut lui écrire sous pli fermé sans que le courrier soit contrôlé. Quand une date circule et qu’elle vous paraît étrange, c’est vers lui qu’il faut se tourner — jamais vers une explication trouvée sur un forum.

Les 6 cartes, en entier

Les cartes s’adressent à la personne détenue : c’est elle qui les manipule, seule ou en atelier. Elles sont reproduites ici intégralement, gratuitement, pour que vous voyiez exactement ce qui lui est proposé.

La situation

Tu as fait 4 mois de détention provisoire avant ton jugement. Tu es condamné à 18 mois. Combien te reste-t-il ?

Les 4 mois sont déduits automatiquement : il reste 14 mois au maximum. C'est un principe stable de la loi — la référence exacte est sur ta fiche et le feuillet.

Ce que la carte enseigne — La détention provisoire compte toujours. Connaître ce mécanisme t'évite l'angoisse des mauvais calculs — et les fausses promesses.

La situation

Ton pote affirme : « Avec la bonne conduite, tu sors automatiquement plus tôt, c'est la loi. »

Plus maintenant. La réduction de peine n'est plus automatique : c'est le JAP qui décide, selon ta conduite ET tes efforts de réinsertion.

Ce que la carte enseigne — Les règles de la peine changent. Se fier aux souvenirs des anciens peut te coûter des mois : vérifie toujours la règle actuelle.

La situation

Tu ne comprends pas un document du greffe sur ta situation pénale. Tu as honte de demander.

Tu demandes ta « fiche pénale » et un rendez-vous pour te la faire expliquer. C'est TA peine : tu as le droit de la comprendre ligne par ligne.

Fini les rumeurs de coursive sur « ta date » : tu parles chiffres officiels.

Ce que la carte enseigne — Ta situation officielle est au greffe, pas dans les couloirs. La fiche pénale est le seul document qui fait foi.

La situation

Tu as dépassé la moitié de ta peine. Tu l'apprends par hasard, en discutant.

Ta peine a des caps qui ouvrent des demandes — la libération conditionnelle notamment. Le cap exact dépend de ta situation : vois le feuillet, le greffe et le SPIP.

Un dossier préparé et déposé à temps vaut mieux que six mois de regrets.

Ce que la carte enseigne — Connais tes caps : mi-peine, fin de peine brute. Qui connaît son calendrier prépare ses dossiers à temps.

La situation

Récidive légale : tu retombes pour des faits similaires, quelques années après.

Les peines encourues sont aggravées, et les seuils d'aménagement durcis — les valeurs exactes sont sur le feuillet mis à jour.

Tout est plus dur la deuxième fois : la peine, les aménagements, le regard du juge. C'est exactement ce que cet outil veut t'éviter.

Ce que la carte enseigne — La récidive n'est pas « la même peine une deuxième fois » : c'est une peine plus lourde avec moins de portes de sortie.

La situation

MEHDI, 45 ans. Chef d'une petite entreprise avant l'incarcération, condamné pour une affaire financière. Persuadé que « ce n'est pas pareil » pour lui et qu'il n'a rien à faire avec « les autres ». Sa femme gère seule la boîte qui coule.

Ce que la carte enseigne — Force : des compétences réelles et un projet possible dehors. Risque : le déni — se croire à part, ne rien demander, ne rien préparer, et découvrir trop tard que sa sortie se prépare comme celle de tout le monde. Que devrait accepter Tony ?

Sur le même sujet, avec les sources

Les cartes montrent des situations ; elles ne remplacent pas le droit. Ce qui s’applique, avec ses références et ses dates, est ici.

Les autres thèmes

Ces cartes sont reproduites gratuitement et intégralement. Elles décrivent des situations observées en détention ; elles n’énoncent aucune règle de droit chiffrée, qui se trouve dans les guides et les fiches, avec ses sources. Comment un exemplaire peut parvenir à une personne détenue.