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À méditer
La meilleure façon de te venger est de ne pas ressembler à celui qui t'a fait du tort.
Marc AurèlePensées pour moi-même, VI
Jeu pédagogique · 4 cartes

Ne pas savoir lire, en détention

En détention, tout passe par l’écrit : la demande de rendez-vous, le recours, la lettre à la famille, le document du greffe. Une personne qui lit mal ne perd pas seulement du confort — elle perd l’accès à ses propres droits, et elle le cache.

Ce que personne ne remarque

Une carte du jeu s’arrête sur une personne à qui l’on tend des formulaires et qui ne sait ni bien lire ni bien écrire — et dont personne ne remarque la difficulté. C’est probablement la carte la plus importante du deck, parce qu’elle décrit un obstacle invisible par construction : celui qui ne sait pas lire a passé sa vie à le dissimuler. Il hoche la tête, il signe, il dit qu’il verra plus tard. Le système, lui, considère qu’un document remis est un document lu.

Le document qu’on n’ose pas faire expliquer

Une autre carte montre quelqu’un qui reçoit un document du greffe sur sa situation pénale et qui n’y comprend rien, mais qui a honte de demander. La honte est le vrai verrou. Demander une explication n’est pas contester une décision, et ce n’est pas non plus avouer une faiblesse : ces documents sont écrits dans une langue administrative que la plupart des gens ne lisent pas couramment, détenus ou non. Le jeu insiste sur cette distinction parce que c’est elle qui débloque la demande.

Reprendre l’école à trente ans

Une troisième carte met en scène la proposition de préparer un diplôme — certificat de formation générale, brevet — face à quelqu’un qui a quitté l’école à quatorze ans. L’enseignement existe dans les établissements, de l’alphabétisation aux diplômes. La carte ne promet rien sur les effets d’une formation dans un dossier ; elle montre ce que change, au quotidien, le fait de pouvoir lire une lettre soi-même. Une quatrième carte, un profil, présente un homme de dix-neuf ans qui lit avec difficulté et ne le dit à personne : c’est souvent avec elle que la parole se libère en atelier.

Ce que cela veut dire pour une famille

Beaucoup de familles interprètent le silence comme du désintérêt. Il arrive que ce soit l’inverse : écrire est un effort tel que la lettre n’est jamais commencée. Si vous soupçonnez cette difficulté, écrivez court, avec des phrases simples, et n’exigez pas de réponse longue. Une carte postale à laquelle on répond par trois mots vaut mieux qu’une lettre de quatre pages à laquelle on ne répond pas.

Ce que vous pouvez faire

Si votre proche répond peu ou pas, avant d’y voir un rejet, envisagez la difficulté d’écrire. Écrivez simple et court, proposez des questions auxquelles on peut répondre par une phrase, et dites-lui que l’unité d’enseignement de l’établissement existe pour cela — sans en faire un reproche.

Les 4 cartes, en entier

Les cartes s’adressent à la personne détenue : c’est elle qui les manipule, seule ou en atelier. Elles sont reproduites ici intégralement, gratuitement, pour que vous voyiez exactement ce qui lui est proposé.

La situation

Tu ne sais ni bien lire ni bien écrire. On te tend des formulaires. Personne ne le remarque.

Tu le dis à un conseiller SPIP. Il existe des cours et des personnes pour t’aider à écrire tes demandes. Beaucoup sont passés par là.

Quelques mois plus tard, tu rédiges tes demandes toi-même. Personne ne décide plus à ta place.

Ce que la carte enseigne — Demander de l’aide pour lire et écrire, c’est reprendre le pouvoir sur tout le reste : demandes, droits, dossier.

La situation

Tu ne comprends pas un document du greffe sur ta situation pénale. Tu as honte de demander.

Tu demandes ta « fiche pénale » et un rendez-vous pour te la faire expliquer. C’est TA peine : tu as le droit de la comprendre ligne par ligne.

Fini les rumeurs de coursive sur « ta date » : tu parles chiffres officiels.

Ce que la carte enseigne — Ta situation officielle est au greffe, pas dans les couloirs. La fiche pénale est le seul document qui fait foi.

Cette situation touche à une règle de droit. Les textes applicables, avec leurs références et leur date de relevé, sont réunis en bas de cette page.

La situation

YANIS, 19 ans. Tout juste majeur, première fois, encore en colère contre la terre entière. Il lit avec difficulté et ne le dit à personne. Un grand frère incarcéré ailleurs, une mère seule.

Ce que la carte enseigne — Force : jeune, tout est rattrapable — l’école en détention existe. Risque : la fierté qui empêche de dire « je n’ai pas compris ». Chaque point gagné en maîtrise de soi change sa trajectoire. Que devrait faire Yanis ?

La situation

Le professeur de l’unité locale d’enseignement propose de préparer un diplôme (CFG, brevet). Tu as arrêté l’école à 14 ans.

Tu t’inscris. La classe est petite, le prof est là pour ceux qui reprennent — pas pour juger ton passé scolaire.

Un diplôme obtenu en détention : première réussite officielle de ta vie pour certains, et une pièce forte au dossier.

Ce que la carte enseigne — L’école en détention est une vraie seconde chance : des professeurs, du temps, et un diplôme que personne ne pourra te retirer. Beaucoup ont appris à lire, écrire ou compter ici — et en sont sortis transformés. Sors plus instruit que tu n’es entré.

Sur le même sujet, avec les sources

Les cartes montrent des situations ; elles ne remplacent pas le droit. Ce qui s’applique, avec ses références et ses dates, est ici.

Les autres thèmes

Ces cartes sont reproduites gratuitement et intégralement. Elles décrivent des situations observées en détention ; elles n’énoncent aucune règle de droit chiffrée, qui se trouve dans les guides et les fiches, avec ses sources. Comment un exemplaire peut parvenir à une personne détenue.