La force ne vient pas des capacités physiques. Elle vient d'une volonté indomptable.
Préparer sa sortie de prison
Une sortie ne se prépare pas la semaine précédente. Ce qui se joue à la sortie s’est décidé des mois plus tôt, et ce qui manque ce jour-là — une pièce d’identité, une adresse, un rendez-vous — manquera pendant des mois.
« J’irai à la mairie en sortant »
C’est la phrase que reprend l’une des cartes, à quatre-vingt-dix jours de la sortie, chez une personne sans pièce d’identité valide. Elle paraît raisonnable et elle ne l’est pas : sans document d’identité, il n’y a ni compte bancaire, ni contrat de travail, ni logement, ni prestation. La chaîne entière est bloquée par une seule pièce, et la demande prend du temps. Le jeu montre la version où la démarche est engagée depuis la détention et la version où elle ne l’est pas, à trois mois d’intervalle.
Le retour au quartier
Une autre carte met en scène une personne qui compte retourner « au quartier », chez les mêmes personnes, aux mêmes habitudes. Ce n’est pas une carte moralisatrice : elle reconnaît que ce retour est souvent le seul disponible, parce qu’il n’y a pas d’autre logement, pas d’autre entourage, pas d’autre point de chute. Elle montre ce que devient une sortie sans alternative préparée, et pourquoi une demande de logement ou d’hébergement engagée en détention change la trajectoire.
Le jour J
La dernière carte de la série pose une question courte : la porte s’ouvre dans une heure, qu’est-ce que tu as sur toi ? La liste est plus courte qu’on ne le croit, et ce qui manque ce matin-là ne se rattrape pas facilement. Cette carte fonctionne comme une vérification finale, et c’est celle que les professionnels utilisent le plus volontiers en entretien.
Quand personne n’attend dehors
L’une des cartes de ce thème présente une association de visiteurs qui propose un parrainage : quelqu’un attendra à la sortie. Elle existe parce que la situation inverse est fréquente et rarement dite — sortir sans que personne ne soit là, sans repas prévu, sans lit certain pour le soir. Les premières heures dehors sont plus déterminantes qu’on ne le croit : elles décident du rythme des jours suivants. Le jeu montre ce que change une présence, même celle d’un inconnu bénévole, et rappelle que ces dispositifs se demandent avant la sortie, jamais après.
Ce que vous pouvez faire
Une sortie mal préparée retombe presque toujours sur la famille : hébergement dans l’urgence, avances d’argent, démarches à faire à deux. Ce que vous pouvez faire de plus utile est de vous renseigner, avant la date, sur ce qui a été engagé et ce qui ne l’a pas été. Notre feuille de route J−90 → J+30 sert exactement à cela.
Les 9 cartes, en entier
Les cartes s’adressent à la personne détenue : c’est elle qui les manipule, seule ou en atelier. Elles sont reproduites ici intégralement, gratuitement, pour que vous voyiez exactement ce qui lui est proposé.

Tu sors dans 15 jours. Un codétenu te cherche une dernière fois, comme pour tester où tu en es.
Ce que la carte enseigne — Rien n'est acquis tant que la porte ne s'est pas ouverte. Les réductions accordées peuvent encore être retirées.

J-90. Tu n'as toujours pas de pièce d'identité valide. « J'irai à la mairie en sortant. »
Sans papiers : pas de compte utilisable, pas de contrat, pas d'inscription France Travail, pas de logement. Le renouvellement PEUT se demander depuis la détention — via le SPIP, maintenant.
Carte reçue avant la sortie. Premier jour dehors : tu ouvres des droits au lieu de faire la queue pour exister.
Ce que la carte enseigne — La pièce d'identité est la clé de toutes les autres portes. C'est LE chantier à lancer en premier, des mois avant.

On te propose un rendez-vous avec un conseiller France Travail justice, en détention. Tu te dis que ça ne sert à rien « tant qu'on n'est pas dehors ».
Tu y vas. Inscription anticipée, CV reconstruit, pistes ciblées : le conseiller prépare TA sortie, pas une sortie théorique.
Une semaine après la libération, un entretien peut déjà être calé — parce qu'il a été préparé ici.
Ce que la carte enseigne — Chaque démarche faisable AVANT la sortie est une semaine de galère en moins APRÈS. La sortie réussie se joue en détention.

Ta sortie approche et tu comptes retourner « au quartier », chez les mêmes personnes, aux mêmes habitudes.
Personne ne t'oblige à déménager — mais sois lucide : mêmes lieux + mêmes personnes + mêmes problèmes = mêmes résultats. Tu en parles au SPIP pour explorer les alternatives.
Un hébergement même modeste, loin des anciennes habitudes, multiplie tes chances de tenir les 90 premiers jours.
Ce que la carte enseigne — L'environnement est plus fort que la volonté. Change ce que tu peux dans le décor, pour ne pas rejouer la même scène.

Tu prépares ta demande de libération conditionnelle. Il te manque « un truc qui prouve » ton projet.
Avec le SPIP, tu rassembles les pièces : promesse d'embauche ou de formation, attestation d'hébergement, suivi de soins, versements aux victimes. Un projet, ce sont des documents, pas des promesses.
Devant le juge, chaque papier répond à une question avant qu'elle soit posée.
Ce que la carte enseigne — Le juge ne peut pas croire sur parole : il juge sur pièces. Ton travail des derniers mois, c'est de fabriquer ces pièces.

Jour J. La porte s'ouvre dans une heure. Qu'est-ce que tu as sur toi ?
Le kit de sortie : papiers d'identité, ordonnances et traitements, coordonnées SPIP + avocat + personne de confiance, rendez-vous notés, un peu d'argent du pécule. Vérifie chaque élément.
Les premières 48 heures décident de beaucoup. Un sortant équipé n'est pas un naufragé.
Ce que la carte enseigne — La liberté se prend avec un sac préparé. Si un seul élément manque au kit, il te reste du temps : demande MAINTENANT.

COUP DE POUCE — Une association de visiteurs de prison te propose un parrainage pour ta sortie : quelqu'un t'attendra le jour J.
Tu acceptes. Quelqu'un qui t'attend à la porte, ce n'est pas un détail : c'est la différence entre sortir et être lâché.
Ce que la carte enseigne — Accepter de l'aide est une compétence. Ceux qui réussissent leur sortie sont rarement ceux qui ont tout fait seuls.

COUP DE POUCE — Un surveillant te dit, sobrement : « Toi, je ne veux pas te revoir ici. Et je pense que je ne te reverrai pas. »
Quelqu'un qui te voit tous les jours croit en ta sortie. Note cette phrase quelque part : elle servira les jours difficiles.
Ce que la carte enseigne — Le regard des autres peut enfermer ou libérer. Collectionne les regards qui libèrent — et deviens-en un pour quelqu'un d'autre.

MOUSSA, 30 ans. Arrivé sans papiers d'identité à jour, sans adresse fixe, sans famille proche en France. Travaillait sans être déclaré. Personne ne l'attend au parloir — et personne ne l'attend à la sortie.
Ce que la carte enseigne — Force : habitué à se débrouiller seul. Risque : sortir exactement comme il est entré — sans papiers ni adresse, les deux premières causes de rechute. Pour lui, chaque démarche administrative en détention vaut de l'or. Lesquelles en priorité ?
Sur le même sujet, avec les sources
Les cartes montrent des situations ; elles ne remplacent pas le droit. Ce qui s’applique, avec ses références et ses dates, est ici.
- Sortir de prison sans logement : casser la boucle papiers-adresse
- Préparer la sortie — fiche pratique à imprimer
Les autres thèmes
- Les premiers jours — 9 cartes
- Les liens avec la famille — 7 cartes
- Comprendre sa peine — 6 cartes
- Santé, psychologie, addictions — 9 cartes
- Travail, formation, école — 7 cartes
- Discipline, sanctions et recours — 6 cartes
- Pressions et rapports de force — 7 cartes
- Aménagement de peine — 5 cartes
- Récidive et retour au réseau — 5 cartes
- Argent et cantine — 3 cartes
Ces cartes sont reproduites gratuitement et intégralement. Elles décrivent des situations observées en détention ; elles n’énoncent aucune règle de droit chiffrée, qui se trouve dans les guides et les fiches, avec ses sources. Comment un exemplaire peut parvenir à une personne détenue.